Aiham et Gassim, des étudiants en journalisme hors du commun


du 21 octobre 2018 au 30 novembre 2018

Vendredi 6 octobre 2018, lors du premier conseil d’administration de l’année pour Sciences Po Toulouse, Aiham Alkhalaf et Gassim Cherif, réfugiés syrien et tchadien, ont été intégrés définitivement au master journalisme de Sciences Po Toulouse. Retour sur leurs parcours atypiques.

Aiham Alkhalaf étudiant en master journalisme à Sciences po Toulouse

Aiham Alkhalaf étudiant en master journalisme à Sciences po Toulouse

Aiham, de journaliste au cœur de la guerre civile syrienne

«J’avais peur de la décision du conseil d’administration. Maintenant, je suis rassuré.» déclare Aiham Alkhalaf, journaliste de 28 ans, arrivé en France en mars 2015. Ses trois années d’études de droit ne l’orientaient pas vers le journalisme. C’est en rejoignant la révolution syrienne en 2011 qu’il commence à relater les manifestations dans le pays. En 2013, « Orient », une chaîne laïque opposée au régime de Bachar Al-Assad, l’engage pour couvrir les activités civiles et militaires. Il fuit Raqqa pour la Turquie en 2014, lorsque Daech s’empare de la ville. Il continue d’écrire pour « Orient » depuis Gaziantep qu’il est, à nouveau, obligé de fuir pour la France en mars 2015, après avoir été menacé. « C’était devenu trop dangereux de rester en Turquie pour ma famille et moi. ». Un an plus tard, une bourse de la région Midi-Pyrénées lui permet d’apprendre le français et le conduit vers Olivier Baisnée, directeur du master en journalisme de Sciences Po Toulouse.

Gassim, reporter tchadien engagé

De son côté, Gassim Cherif, 30 ans, a toujours baigné dans le journalisme. Jusqu’en décembre 2016, il travaille au service politique de la télévision nationale tchadienne en tant que reporter. Après avoir fait de la prison et avoir été menacé, il doit fuir précipitamment son pays le 28 décembre 2016. En arrivant en France, il passe deux semaines à Paris puis rejoint sa tante à Toulouse, où il fait une demande d’asile auprès de l’OFPRA. Très vite, il intègre le collectif Solidarité migrants. Il y est traducteur français/arabe pendant six mois. Sensible aux autres et aux injustices dont ils sont victimes, il trouve dans cette fonction un moyen de se rendre utile. C’est grâce à une amie rencontrée via Solidarité migrants qu’il entend parler de Sciences Po Toulouse. En 2016, il rencontre Olivier Brossard, directeur de l’établissement, afin de lui exposer son parcours et ses projets.

De journalistes réfugiés à étudiants à Sciences Po Toulouse

Aiham et Gassim voulaient tous les deux rejoindre Sciences Po Toulouse pour pouvoir obtenir un diplôme et bénéficier d’une porte d’accès vers le marché du travail français. « La première solution a été de les intégrer au certificat d’études politiques de Sciences Po Toulouse. » explique Cédric Groulier, directeur des études du second cycle. Le concours d’entrée en quatrième année n’était pas nécessairement adapté aux deux étudiants n’ayant pas le même bagage académique et professionnel que les autres candidat·e·s.

En mai 2018, les cas d’Aiham et Gassim sont remis à l’ordre du jour lorsqu’ils manifestent le souhait d’intégrer le master journalisme. « La seule voie dérogatoire qui existe au concours en quatrième année est notre partenariat avec l’Institut de l’engagement. » explique Cédric Groulier. Une voie d’accès dérogatoire sur mesure et expérimentale est donc créée au titre de la formation continue. Il s'agit de "s'adapter à la réalité" et de répondre à l'urgence de la situation des deux étudiants. Le directeur des études du second cycle en détaille les modalités : « Il faut avoir validé au moins un niveau licence, avoir obtenu le statut de réfugié·e, et faire montre d’une expérience significative dans le journalisme. ». Une fois ces conditions attestées, Aiham et Gassim ont passé un oral devant un jury composé de sept personnes dont Olivier Baisnée, directeur du parcours journalisme, Cédric Groulier, directeur des études du second cycle et Olivier Brossard, directeur de l’établissement.

Le conseil d’administration de Sciences Po Toulouse valide l’intégration de Gassim et Aiham.

C’est le 6 octobre dernier, lors du premier conseil d’administration de l’année, que l’admission des deux étudiants est actée. Dès lors, Cédric Groulier rappelle qu’ « ils sont soumis aux mêmes règles que les autres élèves concernant l’assiduité et les évaluations.». Gassim souhaite approfondir ses recherches sur les relations géo-politiques et stratégiques entre la France et le continent africain. Aiham rêve de devenir journaliste sportif en France ou en Espagne ou journaliste spécialisé dans le Moyen-Orient. Pour les deux étudiants, la décision du conseil d’administration est un soulagement. Après des moments d’incertitudes, ils entament deux années qui les mèneront vers un diplôme.

Un diplôme d’entrée en quatrième année repensé et ouvert à plus de diversité

Au printemps prochain, le concours d’entrée en quatrième année sera totalement repensé. Il se composera de deux étapes : une phase d'admissibilité sur dossier des candidat·e·s et un oral d'admission, contrairement au concours plus académique en place jusqu’à cette année. Cédric Groulier espère que la réforme des modalités d’accès au second cycle de Sciences po Toulouse permettra de diversifier les profils des nouve·aux·lles entrant·e·s et de donner leur chance à des candidat·e·s atypiques, comme Gassim et Aiham, enrichissants pour l'établissement et la communauté des élèves. « Je suis heureux d’avoir pu apporter une réponse à ces deux étudiants en leur donnant accès au cœur de notre formation. Les cas d’Aiham et Gassim s’inscrivent dans une tradition d’accueil de l’Université française et reflètent les valeurs de Sciences Po Toulouse. ». 


Rédigé par CECILE MARCHAND

Mise à jour le 26 octobre 2018


 

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