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Guy de Pourtalès : un Européen dans la Grande Guerre


le 10 avril 2018

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Avant-Propos

Suisse de naissance, devenu Français en 1912 comme descendant d’une famille huguenote, l’écrivain Guy de Pourtalès (1881-1941) sert, pendant la Grande Guerre, dans l’armée française. D’abord simple soldat, il devient interprète militaire, avant d’être chargé de la propagande en Suisse pour le Quai d’Orsay. Révoqué de ce poste à cause de ses relations familiales avec l’Allemagne, il termine la guerre comme officier informateur dans l’armée Gouraud. Ce parcours atypique révèle sa constante position d’entre-deux. Binational, traducteur, officier informateur, puis propagandiste : Pourtalès est toujours à part. Ni soldat dans les tranchées, ni haut placé dans la hiérarchie, mais toujours dans ce niveau moyen qui le protège et le dégage du sort commun. Dans cette position privilégiée, Pourtalès juge les événements et les hommes.
Comme bien d’autres intellectuels de sa génération, Pourtalès a voulu témoigner de sa guerre en rédigeant un Journal, dont il publie des extraits en 1919 sous le titre Les trésors des vaincus et les ruines du vainqueur. Ses souvenirs de 1914-1918 nourriront ensuite son œuvre romanesque, en particulier son roman La Pêche miraculeuse (1937). Dans ce vaste projet à composante autobiographique, grand prix du roman de l’Académie française, le héros connaît l’expérience bouleversante de la guerre. C’est, dans ce récit de formation, la description d’une étape majeure dans l’éclosion d’une personnalité.
Profondément marqué par l’expérience qu’il a vécue, Pourtalès manifeste dans son Journal de la Guerre sa conscience du caractère irréversible de l’événement, sa volonté d’en rendre compte par l’écriture, et son pessimisme face au nouvel ordre européen qui en émerge. Par la suite, comme une nostalgie, son œuvre évoque sans cesse l’ancien monde, celui de la Belle Époque que Pourtalès nomme « l’Europe romantique », et dont il est, en tant qu’aristocrate cosmopolite, une parfaite incarnation.
Rares sont les écrivains d’origine suisse à avoir écrit à partir de leurs souvenirs de guerre – on songe, bien sûr, à Cendrars. Mais ce dernier s’est engagé dans la Légion étrangère. Pourtalès, au contraire, est mobilisé comme citoyen français. Les différences sont encore plus nombreuses. Car tout sépare les deux hommes. Pourtalès est un aristocrate protestant qui, contrairement à ses aïeux, n’opte ni pour le métier des armes ni pour la diplomatie. Neuchâtelois d’origine, les Pourtalès servent traditionnellement le roi de Prusse et vont à Berlin chercher les rangs et les honneurs. Guy de Pourtalès naît dans cette capitale où son père sert comme officier allemand. Mais lui fait d’autres choix : celui de la littérature et celui de la France, retrouvant tout à la fois le berceau de ses ancêtres cévenols, la patrie des Lumières et celle du grand monde.
Les choix de Pourtalès ne prennent sens et écho que si l’on considère, en arrière-fond, les tensions grandissantes entre la France et l’Allemagne, alors que sa famille est, par essence, cosmopolite. Au point de vue sociologique, l’écrivain mondain, auteur de biographies de musiciens célèbres qu’est Pourtalès, est un cas passionnant. Suisse, protestant et aristocrate, rien ne le prédisposait, en apparence, à suivre les voies qui seront ensuite les siennes. Issu d’un monde qui ignore ou dédaigne la politique, l’écrivain fréquente, dès son arrivée à Paris en 1905, ses pairs et des écrivains bourgeois. Le milieu de La Revue hebdomadaire et de la Société littéraire de France, antichambres de la droite catholique et nationaliste, lui ouvre en grand ses portes. Pourtalès connaît alors des intellectuels qui, dans les années 1930-1940, se retrouveront dans les rangs nationalistes, voire fascistes. Son parcours s’accomplit dans les sphères feutrées des lettres parisiennes et de la maison Gallimard dont il devient un auteur à succès. Critique des travers et des errances de la Troisième République, sa loyauté reste cependant acquise au libéralisme et à la démocratie.
À l’occasion de la commémoration du centenaire de l’armistice de 1918, le Journal de la guerre de l’écrivain Guy de Pourtalès est un révélateur exceptionnel que ce colloque se donne pour but d’explorer. Il s’agira d’interroger la relation que ce Franco-Suisse entretient avec sa patrie d’adoption, la France, à partir des éléments majeurs qu’il ne cesse de retenir et de décliner : mémoire familiale, religion, langue, littérature, rang social. La notion même d’appartenance nationale sera ainsi questionnée. Doit-on parler de cosmopolitisme ou dire qu’il est, en fin de compte, un Européen de la première heure ?
Que représente aujourd’hui Pourtalès et qui, en fin de compte, est-il ? Comment expliquer ses choix et son comportement ? Contradictions, ambiguïtés, errance ? Comment Pourtalès se situe-t-il et se présente-t-il ? Français ? Aristocrate ? Européen ? Homme d’un ancien monde, héritier et défenseur d’une culture, d’une langue et d’une littérature ?
À partir du cas de Guy de Pourtalès, c’est toute la question des identités qui se pose. Pour aborder cette problématique, et pour la qualité de son témoignage, des chercheurs formés à différentes disciplines et venus de différents horizons ont souhaité vivement se réunir pour parler et discuter de ce document unique.

Stéphane Pétermann (Centre de recherches sur les lettres romandes, Université de Lausanne)

Yves Pourcher (Institut d’études politiques de Toulouse, LaSSP)


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Comité scientifique


Michel Zink, de l’Académie française, secrétaire perpétuel de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

Pierre Ducrey, professeur honoraire de l’Université de Lausanne, ancien président de la Fondation Guy de Pourtalès, associé étranger de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

Doris Jakubec, professeur honoraire de littérature romande à l’Université de Lausanne.

Robert Kopp, professeur honoraire de littérature française à l’Université de Bâle, éditeur et directeur de la collection « Bouquins » (Robert Laffont) de 1989 à 2006
Partenaires

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Partenaires




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Programme

9h30 - Accueil et inscription des participants

10h
- Ouverture du colloque par Stéphane Pétermann et Yves Pourcher

Session 1 : Une guerre vécue et enregistrée


Présidence : Michelle Gaillard
, journaliste à Fréquence Protestante

• Le Journal comme expérience et écriture de la guerre par Yves Pourcher, professeur de science politique à l’I.E.P. de Toulouse

11h
- Pause

• La réécriture de la guerre dans "La Pêche miraculeuse" par Stéphane Pétermann, responsable de recherche à l’université de Lausanne (Centre de recherches sur les lettres romandes)

• L’armée britannique dans la Grande Guerre par Philippe Chassaigne, professeur d’histoire contemporaine à l’université Bordeaux-Montaigne

12h30
- Discussion

13h-14h
- Buffet déjeuner

Session 2 : Milieu et engagements

Présidence : Martin Mégevand, maître de conférences en littérature française à l’université Paris 8

• La relation des intellectuels et écrivains suisses avec la France par François Vallotton, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Lausanne

• Le protestantisme d’un Guy de Pourtalès par Patrick Cabanel, directeur d’études, École pratique des hautes études (Paris)

15h - Discussion

15h30 - Pause

• Guy de Pourtalès propagandiste et ses "Amis suisses" (1916) par Alexandre Elsig, chercheur invité au Laboratoire de recherche historique Rhône-Alpes (Grenoble)

16h30 - Table ronde

17h - Conclusions

17h30
- Clôture du colloque


Lieu(x) :
Fondation Singer-Polignac
43 avenue Georges Mandel
75116 PARIS

Rédigé par VERONIQUE LEROUX-GENTÉ

Mise à jour le 11 avril 2018


 

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